« Qu’aurons-nous appris, dans quelques semaines, de cette période inédite d’un vivre ensemble à distance, mais si intense ? ». Telle est la question que la plateforme institutionnelle interreligieuse du canton de Vaud nous pose à tous.

Pour les chrétiens, la pandémie du coronavirus arrive, par coïncidence, avec le temps du Carême, notre marche vers Pâques. Alors que trois de nos Églises invitent, année après année, leurs fidèles à se solidariser au loin autour de l’Action de Carême et de Pain pour le Prochain, nous voici nous-mêmes plongés dans une situation de Carême qui nous solidarise ici, au près ! Ce « Carême imposé » nous touche tous. Il nous rend solidaires des victimes et de leurs familles, des malades et des soignants, des gens d’Église qui accompagnent et qui consolent, solidaires de celles et ceux qui sont dans l’inquiétude pour leur emploi, leur formation …

Nous apprenons déjà à vivre le manque, dont le plus difficile, pour plusieurs, est de ne plus pouvoir se rassembler, ni communier, pas même lors de la semaine sainte, et de Pâques. Combien de familles doivent-elles se contenter d’un service funèbre dans l’intimité ? Combien de baptêmes, confirmations ou mariages reportés ? Et que dire de la pastorale courante, à domicile, dans les EMS, les hôpitaux … ou même dans la rue ! Nous apprenons déjà, dans nos Églises, d’autres moyens de rejoindre nos membres et développons d’autres manières de vivre la communauté. Mais nous ne saurions en rester là.

Qu’aurons-nous appris lors de cette « quarantaine », pour chacun et pour tous, en 2020 ? Il nous restera des solidarités concrètes dans un monde ouvert, loin des replis égoïstes et identitaires. L’Église n’existe pas pour elle-même, mais pour être en lien avec tout ce que vit notre société. Plus que jamais, nous prenons conscience que chacune de nos confessions est au service de tous, lorsqu’elle célèbre, prie, enseigne ou agit.

Plus que jamais, nous souhaitons une transition intérieure qui nous ancre sur l’essentiel : le Christ vivant qui nous relie les uns aux autres ; une transition qui négocie à frais nouveaux les valeurs de notre société. Plus que jamais, nous voulons le faire ensemble, en lien avec d’autres qui, comme nous, sont engagés au service de cette société. Voilà comment nous vivons la mission que nous avons reçue au nom de l’Évangile.

Nous allons vers Pâques et sommes en lien de solidarité accrue avec celles et ceux qui vivent un confinement imposé. Nous invitons tous ceux qui le désirent à allumer une bougie sur leur fenêtre ou leur balcon, en signe d’espérance, chaque jeudi soir à 20 h, en surtout le Jeudi saint 9 avril où nous célébrons l’institution de la communion.

Ce Carême si particulier nous conduit à intensifier les relations entre nos Églises, en chemin vers Pâques.

Pâques, hors de nos lieux de cultes : séparés physiquement, mais unis dans la louange et la prière.

Pâques, fête d’une confiance renouvelé : notre confiance en Dieu et la confiance de Dieu en tous.

Pâques, un passage pour tous : vers quelles nouveautés sociales, économiques, écologiques, politiques, religieuses ?

Pâques, parce que nous croyons que « rien, ni la mort ni la vie, ne pourra nous séparer de cet amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus. » (Romains 8)

Merci à la CECCV de nous permettre de publier ce texte ici.