Appelés à être «pèlerins responsables»

International
© Simon Kangas Larsen

La Conférence des Églises européennes (KEK) et le Conseil national des Églises du Danemark ont organisé une rencontre des «European Councils of Churches» et des Églises membres de la KEK à Nyborg, au Danemark, du 15 au 17 septembre 2025. La réunion a porté sur le rôle de la citoyenneté chrétienne et la responsabilité des Églises dans la vie publique, dans un contexte de changements politiques, de nouvelles préoccupations en matière de sécurité et d’appel constant à la paix sur tout le continent. Elle a confirmé le rôle de la KEK en tant que plateforme de renouveau de la citoyenneté chrétienne en Europe grâce à l’apprentissage partagé, à l’engagement dans la société et pour la paix.

La thématique « Christian Citizenship in Europe » (citoyenneté chrétienne en Europe) était au cœur de la réunion à Nyborg: elle doit être comprise comme un engagement inclusif et responsable des chrétiennes et des chrétiens dans la société. Enracinés dans les valeurs de l’Évangile, les chrétiens sont appelés à participer activement à la vie publique et à assumer la responsabilité non seulement d’eux-mêmes, mais aussi du bien-être d’autrui. Au cœur de cet engagement, ont souligné les participantes et participants, se trouve l’appel à préserver la dignité humaine et à renforcer la résilience des communautés, en particulier en temps de crise.

Pas un concept abstrait …
La citoyenneté chrétienne n’est pas un concept neutre ou abstrait mais qui est façonné par des contextes géopolitiques spécifiques. Des représentants d’Églises d’Arménie, de Géorgie, mais aussi d’Estonie et d’Irlande ont présenté leurs contextes spécifiques, marqués par la guerre, les conflits ou des tensions et où les Églises sont confrontées au défi de contribuer à la paix, à la réconciliation et à l’unité. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a été mise en avant comme un exemple urgent qui illustre la diversité des réactions chrétiennes : certains affirment les valeurs démocratiques, d’autres les critiquent ; certains prônent une paix juste, tandis que d’autres invoquent le concept de guerre juste. Ces différentes perspectives soulignent l’importance du discernement éthique et de l’analyse contextuelle pour aboutir à un témoignage chrétien authentique aujourd’hui. À notre époque de polarisation et de changement des valeurs, les Églises sont donc appelées à un processus approfondi de discernement théologique et moral. Elles doivent s’opposer à l’utilisation abusive de la religion à des fins politiques et mettre en pratique l’Évangile par des actions qui favorisent la justice, la paix et la dignité humaine.

Une patrie dans les cieux
La rencontre s’est terminée par une discussion animée sur la voie à suivre. Les chrétiens ne sont pas seulement citoyens d’un pays ou d’une nation, ils « ont aussi leur patrie dans les cieux » (Philippiens 3,20). Pour l’hôte de la réunion, Emil Hilton Saggau, secrétaire général du Conseil des Églises du Danemark, « nous ne pouvons pas nous contenter de compter sur l’État ou les États et nous montrer obéissants, nous devons (re)découvrir nos obligations sur un continent [l’Europe] en profonde mutation ». Et ce, malgré la tension qui existe entre nos deux patries, celle du monde et celle dans les cieux. Il n’est donc pas surprenant que les opinions divergent sur la manière de s’engager, car la polarisation au sein des pays se retrouve également dans les Églises et même dans chaque Église individuelle. Un participant a insisté sur le fait que les Églises doivent montrer au monde leur identité ecclésiale, car « nous ne sommes pas des politiciens ». Est-ce un appel à être une contre-culture, en travaillant avec des concepts théologiques (pas toujours populaires) tels que le sacrifice, la confiance, l’espoir (fondé sur la foi) et le service qui, comme l’a rappelé une participante, « a toujours un sens lorsqu’il s’effectue au nom du Christ » ?

Des « espaces sûrs » à recréer de toute urgence
En conclusion, il convient de souligner que la citoyenneté chrétienne n’exclut aucun être humain de bonne volonté. Elle permet le débat, l’échange d’arguments contradictoires et, surtout, l’écoute mutuelle. Les Églises devraient être en mesure de rétablir ces « espaces sûrs » pour leurs dirigeants, mais aussi pour leur base, leurs fidèles. C’est une façon de vivre le commandement de l’amour du Christ !

Rendez-vous pour la prochaine réunion des ENCC à Berne en septembre (21-23 septembre) 2026, à l’invitation de la CTEC Suisse.